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Conseiller innovation d’Hillary Clinton, Alec Ross publie un livre événement sur les industries du futur. Comment la robotique, l’« ubérisation » et les big data vont transformer nos vies : entretien exclusif.

Photo Alec Ross - Mushroom, cabinet de chasseurs de têtes, cabinet de recrutement, chasseurs de têtes, communication, marketing et digital, start up

L’ouvrage commence par une anecdote bien loin des garages mythiques de la Silicon Valley ou des cercles de pouvoir, à 3 heures du matin, après un concert country trop arrosé, dans la ville de Charleston, en Virginie occidentale.

Alec Ross, qui fut conseiller innovation de Hillary Clinton au Département d’Etat pendant quatre ans à la Maison Blanche, raconte son job d’étudiant, en 1991, dans cet Etat parmi les plus pauvres des Etats-Unis : nettoyer les dégâts des fêtards à coups de produits chimiques avec une équipe de « bons gars, mais abattus », qui avaient perdu leur job dans les mines de charbon, remplacés par des machines.

Ces travailleurs de nuit étaient «  les perdants de la mondialisation et de la précédente vague d’innovation  », relève-t-il. Or la prochaine vague, celle de la robotique, de la génomique, des big data, de la cyberguerre et de la blockchain (la technologie derrière le bitcoin), qu’il analyse dans « The Industries of the Future » (Simon & Schuster, février 2016), va aussi créer des gagnants et des perdants, au sein de chaque nation et sur l’échiquier mondial. Ce diplômé en histoire médiévale, chargé de cours à l’université Johns Hopkins, livre une lecture politique et géopolitique éclairante des bouleversements à venir.

La fin de la vie privée

Couverture du livre d'Alec Ross - Mushroom, cabinet de chasseurs de têtes, cabinet de recrutement, chasseurs de têtes, communication, marketing et digital, start up

Couverture de « The Industries of the Future » d’Alec Ross – Simon & Schuster

Sorti en février aux Etats-Unis, son essai – classé numéro trois sur la liste des best-sellers du New York Times (en catégorie business) et bientôt traduit en treize langues – n’est pas un plaidoyer techno-béat sans recul et sans âme.

Alec Ross, qui conseille à nouveau Hillary Clinton dans sa campagne à la primaire démocrate, s’interroge sur les conséquences économiques et sociales de ces tendances de fond qui posent de vrais défis de société à nos gouvernants. Et sur tout ce que cela changera dans notre quotidien, notamment la fin de la vie privée, l’ère où « tout le monde connaîtra un scandale ».

Clair, sans abus de jargon, son ouvrage ancré dans le réel est nourri de son histoire personnelle (ses arrière-grands-pères immigrés d’Ukraine et d’Italie par exemple), de ses échanges avec de grands noms de la technologie (Marc Andreessen en tête) et de ses rencontres, notamment au cours de visites officielles, au Kenya, au Japon, au Pakistan, etc. Des « fintechs » à l’économie collaborative en passant par le paiement mobile, il dresse un état des lieux mondial informé de ces innovations transformantes.

La guerre du code

L’originalité de l’ouvrage réside dans sa perspective historique et géopolitique. Les Etats-Unis sont selon lui menacés de se faire rattraper en génomique par la Chine qui investit massivement en recherche et en machines à séquencer l’ADN. L’Europe est forte en recherche mais à la traîne en matière de commercialisation. L’auteur rappelle que la Russie est complètement en dehors de la course dans ce domaine, depuis Trofim Lissenko qui méprisait la génétique comme « une pseudo-science bourgeoise » sous Staline.

Chantre de la « diplomatie numérique » – c’est un ami de Jared Cohen, parti du Département d’Etat chez Google, qui a fait récemment les gros titres sur son rôle dans le conflit syrien –, Alec Ross a été interdit de séjour en Ukraine en 2013, accusé d’avoir fomenté le mouvement Euromaïdan par les réseaux sociaux.

Il consacre d’ailleurs un chapitre entier à la guerre du code (« Code war »), version moderne de la guerre froide (« Cold war »), avec un risque d’escalade démultiplié par rapport à la prolifération nucléaire du fait du faible coût des outils de piratage informatique. Or tout peut se hacker, des pacemakers aux robots ménagers, en passant par les voitures autonomes.

« Il faudra une cyberattaque au nombre de victimes élevé dans les deux camps d’une cyberguerre ou ayant un impact négatif sur le PIB des pays impliqués pour que les Etats-Unis, la Chine et la Russie s’accordent sur des règles en matière de conflit cyber. D’ici là, le cyberespace restera le Far West. »

Il prédit que s’il est un métier garantissant un emploi pour les 50 prochaines années, c’est celui d’expert en cybersécurité.

« Les robots vont tuer des emplois »

En revanche, d’autres métiers sont condamnés par la généralisation des robots. Le premier chapitre est consacré à cette future invasion. De notre vivant, prédit Ross, nous vivrons entourés de robots dans la rue et au bureau. Pour la première fois, une innovation devrait se répandre dans le grand public à partir des plus âgés, par le biais des robots-infirmiers.

Du point de vue géopolitique, les Japonais ont une longueur d’avance, grâce à leurs constructeurs auto, Honda, Toyota, qui ont capitalisé sur leur savoir-faire en mécanique, et une prédisposition culturelle à accepter les robots jusque dans les foyers, du fait de l’animisme propre au shintoïsme, relève Ross, alors que les Occidentaux ont peur des machines, depuis la chute d’Icare.

Suivent ensuite les Chinois, les Américains, les Coréens et les Allemands. Les puissances qui posséderont les marques, les logiciels et les réseaux de robots seront les grandes gagnantes, tirant les bénéfices de cette chronique d’une casse sociale massive annoncée. Selon une étude [PDF] d’Oxford, 47% des jobs aux Etats-Unis présenteraient un risque élevé d’être remplacés par un robot.

Par exemple, le patron du géant taïwanais Foxconn, l’assembleur de l’iPhone, Terry Gou, rêve de remplacer son million d’employés chinois par de la main-d’œuvre moins chère à long terme et « moins prise de tête ». Alec Ross conclut :

« Les robots vont tuer beaucoup d’emplois. Ils vont aussi en créer et en préserver d’autres, créer immensément de valeur, mais ce ne sera pas réparti équitablement. […] Les employés de Foxconn sont les mineurs de fond de l’économie d’aujourd’hui. »

Vers des mouvements de protestation ?

Alec Ross souligne qu’il s’agit d’une version moderne du travail d’esclave. D’un côté, beaucoup de tâches pénibles et dangereuses seront ainsi éliminées. De l’autre, beaucoup d’emplois sans qualification seront balayés, y compris ceux de serveurs, pourtant le premier job d’un quart des Américains.

Même des emplois a priori difficiles à automatiser seront touchés, comme celui de clercs ou assistants juridiques, l’ancien métier de sa mère. Alec Ross s’attend à d’importants mouvements de protestation populaires dans les années 2020, comparables à ceux contre les accords de libre-échange dans les années 90.

Un futur pas très rose en somme, derrière les grandes avancées technologiques et les applis qui rendent la vie plus facile. Alec Ross se défend cependant d’être un pessimiste.