Los Angeles ayant accepté d’attendre 2028, Paris organisera les Jeux Olympiques d’été de 2024. Elle mise sur un projet à budget « raisonnable », « durable », mariant Paris de carte postale et banlieue.

Une victoire historique pour Paris

Paris,  candidate malheureuse à l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 , accueillera finalement les JO 2024. Face à la mégalopole californienne, Paris a su tenter crânement sa chance, mettant à profit ses points forts et en conservant la même ligne de conduite : tout miser sur 2024 et laisser le monde sportif diriger le projet, ce qui a permis à la sphère politique de jouer l’union sacrée.

Une candidature à moindre coût

Parce que Paris est presque prête, elle peut espérer limiter les dégâts financiers. Ce point est important. En effet, la plupart des dernières éditions ont été des gouffres. Ce fut le cas de celle d’Athènes en 2000, de Pékin en 2008, de Londres en 2012, de Sotchi en 2014 et de Rio de Janeiro en 2016. Le coût des prochains Jeux, prévus à Tokyo en 2020, a d’ores et déjà été multiplié par quatre par rapport aux premières estimations. On comprend pourquoi le CIO peine à trouver des villes candidates… En octobre 2016, si Rome a décidé de jeter l’éponge, c’est parce que Virginia Raggi, la nouvelle maire de la cité, élue quatre mois plus tôt, avait décidé de ne pas « hypothéquer l’avenir de [sa] ville ».

A priori, le financement est bouclé et les dépenses seront maîtrisées. Précisément, l’enveloppe globale s’élèvera à environ 6,6 milliards d’euros. Un budget organisation de 3,6 milliards d’euros, dit « budget Cojo [Comité d’organisation des JO, ndlr] », permettra de « livrer » les Jeux. Il ne sera pas abondé par de l’argent public mais par les revenus provenant notamment du CIO (1,15 milliard d’euros plus 350 millions d’euros pour la production), de la billetterie (1,1 milliard d’euros) et du programme marketing (1 milliard d’euros). Ce budget doit permettre de financer l’hébergement et la restauration des athlètes ainsi que les sites de compétitions provisoires qui seront démontés après les Jeux.

Quant au budget hors Cojo, qui sert à construire tout ce qui restera après les Jeux, il est estimé à 3 milliards d’euros.

Une moitié provient de fonds privés, l’autre d’investissements publics, dont 1 milliard d’euros sera versé par l’État. Le village olympique, dont le coût est estimé à 1,2 milliard d’euros et qui deviendra un écoquartier après l’événement, sera financé grâce à ce budget. Ce sera également le cas du centre nautique (108 millions d’euros), de la construction de passerelles en SeineSaint-Denis, de l’aménagement d’échangeur sur l’A86 à Saint-Denis et de l’enfouissement de lignes à haute tension.

Largement mis en avant par le Comité Paris 2024, cet argument a, semble-t-il, convaincu les Français, même si les opposants au projet ont fait entendre leur voix0 lors de la campagne. Ainsi, un sondage réalisé par Odoxa pour RTL dévoilé en juin indiquait que 75 % des Français soutiennent la candidature parisienne. Chez les jeunes de 15 à 25 ans, le pourcentage grimpe à 82 %. Il reste maintenant à savoir si les promesses faites lors de la campagne seront tenues. Au Comité, des précautions ont été prises. Paris dispose d’une provision de 350 millions d’euros pour répondre aux imprévus.

Quel impact économique ?

Selon une étude publiée en juin 2016 par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, l’impact des Jeux à Paris pourrait être de l’ordre de 5,3 à 10,7 milliards d’euros sur la capitale et la région francilienne. Comparé au PIB français, cela reste donc mesuré.

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En revanche, dans le domaine de l’emploi, compte tenu du niveau actuel du marché du travail, l’effet JO semble plus prometteur. La fourchette haute du CDES estime le nombre de créations d’emplois grâce aux JO à près de 250.000 en Île-de-France et dans une moindre mesure en province – où seront organisés une partie des matchs de football – et en particulier à Marseille, où se dérouleront les épreuves de voile. Ce serait une jolie médaille d’or.

En remportant l’organisation des Jeux, Paris, et la France, pourraient bien en décrocher une autre, dans une autre compétition non homologuée par le CIO : l’attractivité. Engagée dans une lutte féroce pour attirer les investissements directs étrangers (IDE), la France est face à des concurrents sérieux. Ce n’est pas un sujet économique anodin : une personne sur huit appartenant au secteur marchand travaille pour un groupe étranger installé en France.

En ligne avec les dernières statistiques de Business France, le Baromètre de l’attractivité d’EY publié en mai témoigne à la fois de la capacité de la France à aimanter les investissements étrangers. Selon EY, bien que le nombre de projets d’investissement ait progressé de 30 % entre 2015 et 2016 pour s’élever à 779, la France se maintient au troisième rang européen, loin derrière l’Allemagne (1.063 projets, en hausse de 12% sur la période) et surtout le Royaume Uni (1144, +7%).

Plus globalement, cette victoire de Paris est une formidable vitrine pour la France et son économie. En accueillant les Jeux, tout en battant Los Angeles, Paris et la France frappent un grand coup.

JO 2024 “durables”

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Le futur village olympique, installé à Saint-Denis, intégrera des matériaux biosourcés et produira davantage d’énergie qu’il n’en consommera

Paris le répète à l’envi : elle entend organiser « les Jeux les plus verts de l’histoire ». Dans l’optique de réduire « de 55 % les émissions de carbone générées » par rapport aux Jeux de Londres en 2012 et ceux de Rio en 2016, la capitale française mise tout d’abord sur la proximité de ses sites olympiques afin de limiter les déplacements des spectateurs comme des athlètes. Il s’agit également de promouvoir « les modes de transports doux et propres » – métro, bus, vélo… Les sites olympiques doivent d’ailleurs être reliés aux voies cyclables express créées dans le cadre du plan vélo 2020 de la Ville de Paris « permettant à 73 % des spectateurs d’être à moins de 30 minutes des sites de compétition en venant du centre de la capitale ».

Côté construction, les équipements devant être réalisés pour les Jeux seront « à énergie positive », c’est-à-dire qu’ils produiront davantage d’énergie qu’ils n’en consommeront. Ces JO fourniront en outre l’occasion « de développer des projets de protection de la nature et de la biodiversité qui laisseront un héritage durable aux territoires ». Parmi les plus emblématiques : celui de  rendre la Seine aux baigneurs . Un sacré défi. Certains défenseurs de l’environnement déplorent cependant, notamment, la destruction d’une partie du jardin des serres d’Auteuil pour l’agrandissement du stade de Roland-Garros, qui accueillera des épreuves des Jeux.

 Source : La Tribune et Les Echos